Comprendre les sociétés du Maghreb

Le Projet

2018-2022

Projet de recherche : “Crise et représentation politique en Afrique du nord. Dispositifs institutionnels et contestation”

(CSO2017-84949-C3-2-P) est impulsé par Thierry DESRUES Chercheur au sein de l’IESA-CSIC (Cordoue, Espagne) et financé par le Ministère espagnol de l’Économie, l’industrie et la compétitivité (MINECO), l’Agence nationale de la recherche (AEI) et le Fond européen de développement régional (FEDER) (2018-2021) (MINECO/AEI/FEDER, UE). Il fait partie d’un projet coordonné (sous-projet 2) intitulé « Crises et dynamiques locales et transnationales en Méditerranée occidentales ». Il a été présenté pour financement en juillet 2017 et approuvé en juin 2018.

PROBLÉMATIQUE

Le projet part de l’idée que six ans après les “Printemps arabes”, divers mouvements de mécontentement ont à nouveau mis en évidence l’existence d’une crise profonde dans les trois pays du Maghreb central. La question sociale réapparaît dans le sud de la Tunisie et de l’Algérie ainsi que dans le nord du Maroc. La marginalisation de territoires dans ces régions périphériques s’ajoute à la discrimination de l’identité linguistique et culturelle amazighe (Rif) (Collado 2013) ou encore à la négation par l’Islam officiel du particularisme religieux ancestral de la population (Mzab) (Hadj Moussa et Tilmatine 2017). Dans tous ces cas de figure, on remarque que les aspects sociaux et identitaires s’articulent, avec des degrés d’intensité et de spontanéité, certes différents, lorsque l’on parle des jeunes, des femmes ou de l’amazighité. On se trouve donc face à trois domaines qui soulèvent la question de l’intégration au sein de l’espace de l’État : la périphérie territoriale (Bennafla, Badimon 2011), l’identité minorée (Tilmatine et Desrues 2017) et la subordination sociale (Melitti 2017). Cependant, en 2011, la Tunisie a entamé un processus de transition démocratique (Gobe et Chouikha 2015), le Maroc a réformé sa constitution (Bendourou, Mossadeq, Madani 2014) et l’Algérie a adopté une série de mesures institutionnelles pour faire taire certaines demandes sociales et politiques (Dris Aït Hamadouche et Dris 2012). Malgré ces changements de plus ou moins grande intensité selon les pays, les « politiques du conflit » (Tilly et Tarrow 2006) sont réapparues et ont marqué l’agenda politique de la région. En outre, ces expressions manifestes des exclus opèrent des ruptures vis-à-vis des « logiques du consensus » qui régissent les arrangements et le fonctionnement des dispositifs institutionnels créés ces dernières années pour élargir la représentation politique de toute une série de catégories de population. C’est cette crise de la représentation politique dans la région, les modalités et les griefs de la contestation ainsi que les ajustements insititutionnels mis en place pour y répondre que ce projet aborde.

L’hypothèse principale pose la question d’une inadéquation entre d’une part, les solutions institutionnelles proposées par les trois régimes politiques et qui reposent sur des dispositifs et des ajustement au niveau de la représentation politique et sociale et, d’autre part, les demandes de la population en matière de justice et de reconnaissance sociale et identitaire. On postule ainsi, d’abord, que la stratégie consistant à éviter les “conflits” et à imposer le “consensus” (par l’intermédiaire du pouvoir exécutif) comme règle de fonctionnement de ces innovations institutionnelles finit par évacuer la volonté et la capacité de transformation structurelle des acteurs qui y participent ; et, ensuite, que de nombreuses réponses aux problèmes publics mis à l’agenda par les mouvements de protestation abordent les solutions sous l’angle de la réparation, notamment de préjudices et de discriminations, évitant ainsi la remise en cause des structures qui les génèrent.

Pour vérifier cette hypothèse, le projet analysera quatre domaines :

  1. la représentation des femmes et des jeunes au parlement et la mise en place de mécanismes de discrimination positive ;
  2. la création d’organismes publics ad hoc impliquant des acteurs privés ou de la société civile pour gérer des questions spécifiques ne relevant pas du parlement, telles que la promotion de la langue amazighe, l’organisation de certaines professions, secteurs productifs et groupes d’intérêt ; ou la réconciliation avec le passé et la justice transitionnelle, etc. ;

3) la formation de groupes et de réseaux formalisés (associations, corporations) ou informels (lobbies, coalitions) qui interviennent dans l’agenda du Parlement et de ces organes publics de représentation ad hoc ;

et 4) des mobilisations et des mouvements de contestations, dont leurs portes-paroles, leurs discours, leurs répertoires, et publics qui ont contribué à l’introduction de la crise de la représentation dans l’agenda des pouvoirs publics.

OBJECTIFS

Le projet poursuit trois objectifs :

Premier objectif : Analyser les formes de conflits sociaux et politiques au Maghreb après le Printemps arabe.

Analyse d’une sélection d’études de cas de mobilisations « post-printemps arabe » à caractère nettement régional/territorial (Kabylie, Mzab, sud de la Tunisie et Rif) et socio-économique (diplômés chômeurs, représentants d’organisations professionnelles).

1.2. analyser les campagnes de mobilisation de différents mouvements de protestation contre les différentes institutions de représentation politique.

1.3. analyser la construction discursive du problème de la représentation politique par différents secteurs de la population.

1.4 Analyser des ajustements institutionnels pour répondre à la contestation et l’opposition politique en Algérie, au Maroc et en Tunisie.

Deuxième objectif : Analyser la représentation parlementaire et l’impact des mesures de discrimination positive dans les pays du Maghreb

2.1. Analyser la représentation parlementaire de différentes catégories et secteurs de la population (jeunes, femmes, amazighs, professions libérales, etc.) et des mesures spécifiques de discrimination positive mises en place pour favoriser leur représentation (quotas, listes nationales, etc.) en Algérie, au Maroc et en Tunisie.

2.2. Analyser l’articulation des processus d’importation et d’endogénéisation de dispositifs institutionnels existant dans d’autres régions du monde

Troisième objectif : Analyser la représentation politique et sociale en dehors de la tutelle du Parlement dans les pays du Maghreb

3.1. Études de cas d’institutions officielles de représentation et de gestion des affaires stratégiques au Maroc, en Algérie et en Tunisie (conseils consultatifs, haute autorité, haut commissariat, etc.)

3.2. Études de cas d’institutions de représentation non officielles ou informelles (instituts, clubs, lobbying, réseaux, corporations, grands corps, etc.) d’une cause ou d’un domaine stratégique en Algérie, au Maroc et en Tunisie ayant la capacité de faire pression sur les processus décisionnels du Parlement et des institutions de représentation officielles.